La descente de Gokyo

Ce matin nous partons de Gokyo,

Nous sommes arrivés hier soir et nous y avons retrouvé nos six autres amis trekkeurs partis de leurs coté jusqu'à l'Everest Base Camp.

Nous nous sommes séparés il y a trois jours. (nous étions deux et un guide sherpa qui s'est détaché du groupe pour nous accompagner)

Pour vous dire vrai je n'ai pas pu les suivre. Mes capacités physiques commençaient à trouver leurs limites depuis les altitudes avoisinant les 5000 m et l’Everest Base Camp se trouvant à 5364 m il aurait été dangereux et surtout absurde de vouloir à tout prix atteindre cette cote où, de toute façon, j'aurais été dans un état de fatigue tel que cet "exploit" n'aurait plus aucun intérêt sur le plan émotionnel.
Aucune fierté ne vaut de finir un parcours en étant à moitié décomposé et sans aucune perception valable de ce lieu.
Mourir pour l'Everest n'est pas prévu dans mon parcours de vie et je préfère être là pour vous raconter. ce que j'ai vu et fait.

Bref nous partons ce matin pour redescendre vers Namche Bazar, village Sherpa point de départ de pratiquement tous les treks de la vallée de Kumbu dans le Parc nationale de Sagarmatha (Sagarmatha est le nom népalais du mont Everest qui signifie « la déesse mère du ciel » en sanskrit)

La nuit a été difficile comme les jours précédents, constamment réveillé par l'impression de détresse respiratoire dû au manque d'oxygène à cette altitude. Dormir à 4750 m d'altitude n'a rien de bien évident tant le corps, et surtout le cerveau, est peu habitué à la raréfaction de ce précieux composant de l'air.



Le temps change très vite à ces altitudes et les extrêmes sont vites présentes dès que l'on parle météo. Aussi sommes nous baptisés par une tempête de neige (pas trop méchante) dès nos premiers pas.

Le sol se recouvre d'un blanc tapis qui, même s'il ne durera que quelques heures, n'en donne pas moins une ambiance féerique. Nous ne sommes pas loin de nous prendre pour les pionniers de ces régions reculées. Mais foin de ces récits d'aventures venteux et vantards, nous marchons en toute sécurité sur un chemin sommes toutes assez facile.

Nous apprécions grandement nos équipements vestimentaires. Et si une petite laine n'est vraiment pas de trop, une bonne grosse doudoune est parfaitement justifiée. Nous sommes emmitouflés jusqu'au bout du pif et seul nos deux yeux nous permettent de profiter du spectacle ... 4750 m d'altitude, on ne monte pas si haut tous les jours .. la magie de la montagne fonctionne à plein régime.

Nos petits poumons s'emplissent avec délectation de cet air froid et nous avançons comme depuis le début à pas mesurés pour donner à chaque effort sa dose d'oxygène raréfié.

Tout est pour le mieux lorsqu'au loin, dans le brouillard de neige, nous voyons arriver un quidam sherpa qui semble assez lourdement chargé. Il s'approche et nous restons pantois, complément sidéré, scotché par le passage de cet homme en basket qui transporte cinq madriers de bonne taille sur son dos simplement retenus par un bandeau passant sur son front à la manière de tous les sherpas. 
Les mains sur la tête, ... il CHANTE !!!

À son allure, évidement aucun d'entre nous n'aurais pu le suivre.
Le plus sidérant c'est l'heure à laquelle il passe.

Il est 9h40 et il doit au minimum venir de Machermo (4 à 5 heures de marche pour nous) nous y arriverons dans l'après midi et si il vient de Dohle c'est pour nous au minimum deux jours de marche. 
Lui, on dirais qu'il vient de sauter du lit et qu'il marche depuis à peine deux heures.

Et je vous garanti que la montée aux lacs de Gokyo est loin d'être une promenade de santé.

Une grande humilité nous saisi et dire que ce que nous avons fait est un exploit serait une vaste fumisterie.

Une petite leçon de modestie bienvenue dans cette dernière partie du parcours qui va nous ramener vers Katmandou et l'Europe dans quelques jours.

Une petite page d'aventure, la suite sera pour ceux qui marchent.

Le monde appartient à ceux qui ont de bonnes chaussures.
Et surtout qui ont bien les deux pieds dedans.